17 juin 2008
Vert comme le Sahel
Pour Ali Ouedraogo, tout a changé en 1983. "A ce moment-là, la situation était très dure, raconte-t-il. Les pluies manquaient, les récoltes étaient mauvaises, j'envisageais de quitter la région." Beaucoup émigrent. Lui choisit de rester, et d'aménager des terres dégradées, dont personne ne veut à l'époque. Avec l'aide d'une organisation non gouvernementale (ONG) investie dans la lutte contre la désertification, il va peu à peu leur faire battre des records de productivité. Il récolte aujourd'hui en moyenne 1 500 kg de sorgho à l'hectare, contre 800 kg pour les meilleures terres des environs.
Pour cela, pas besoin de machines agricoles, d'engrais chimiques ou de semences miraculeuses. Les paysans ne pourraient pas se les payer. Pas de barrage non plus, le relief ne s'y prête pas. Il faut des pierres, des pioches, des pelles, un niveau pour calculer le sens de l'écoulement de l'eau, et beaucoup de main-d'oeuvre. L'objectif est d'empêcher l'érosion et de retenir un maximum d'eau dans le sol.
Dans les champs, des alignements de pierres, baptisés cordons pierreux, sont aménagés le long des courbes de niveau, dessinant de petites terrasses. Des arbres y sont plantés. Des retenues en forme de demi-lune piègent l'eau dans de micro-cuvettes. Les "zaï", des trous profonds de 20 centimètres où des graines sont plantées dans du fumier, permettent une infiltration de l'eau en profondeur.
"Tous ces aménagements freinent le ruissellement de l'eau, poursuit Matthieu Ouedraogo. Peu à peu la terre se régénère." Et les arbres qui poussent sur les parcelles fourniront du bois de chauffe qui ne sera plus prélevé en brousse...
"Avec ces techniques, on peut faire reverdir le Sahel, affirme Souleymane Ouedraogo, chercheur à l'Institut de l'environnement et de recherches agricoles (Inera). On stoppe la désertification, on augmente la fertilité des terres, donc les rendements des céréales et du fourrage pour le bétail, on récupère de la biodiversité." Il suffit de quatre ou cinq ans pour obtenir de bons résultats sur des terres dégradées.
Pourquoi, alors, tout le Sahel n'est-il pas converti ? Au Burkina Faso, environ 300 000 hectares seraient aménagés, soit moins de 9 % de la surface cultivable du pays. "Ces techniques ne sont pas très coûteuses, mais il faut quand même un investissement initial", explique Bertrand Reysset, ingénieur agronome au Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss), qui regroupe neuf Etats de la région.
Cet investissement s'élève en moyenne à 130 euros par hectare. Il faut louer un camion et payer l'essence pour aller chercher les pierres, acheter un minimum de matériel, payer de la main-d'oeuvre pendant les travaux. Une formation et un suivi sont nécessaires. Tout cela est hors de portée des paysans qui travaillent à la houe, pliés en deux dans les champs. Les banques ne leur font pas crédit. Les projets mis en oeuvre l'ont été grâce à des ONG.
Ces techniques, expérimentées depuis les années 1980 dans le cadre de la lutte contre la désertification, seraient très utiles pour s'adapter au changement climatique. "Les modèles climatiques prévoient une augmentation de la fréquence des événements extrêmes, un allongement de la saison sèche, des précipitations plus concentrées et torrentielles, détaille Edwige Botoni, expert en gestion des ressources naturelles au Cilss. Cela aura un impact négatif sur la productivité du sol."
La saison des pluies 2007 en a été l'exemple parfait. Elle a commencé tardivement et toute l'eau s'est abattue en même temps, en août, entraînant des inondations. "Lutte contre la désertification et adaptation au changement climatique se recoupent à 90 %", affirme Bertrand Reysset.
Dans le village de Guiè, toujours dans le nord du pays, l'ONG Terre verte est arrivée à des résultats particulièrement spectaculaires, en créant un "bocage sahélien", selon l'expression de son fondateur, Henri Girard, un ingénieur agronome français. Des haies protègent les sols de l'érosion. Avec une mécanisation minimale, une petite dose d'engrais chimique, des variétés sélectionnées et des rotations culturales bien choisies, la zone a reverdi et les rendements sont quatre fois supérieurs à la moyenne.
S.C. (avec Le Monde du 18 juin 2008)
15 avril 2008
Sur le boulevard de la mort
Depuis le film Apocalypto de Mel Gibson, tout le monde pense tout savoir sur les civilisations pré-hispaniques. Grave erreur ! Les archéologues sont unanimes pour convenir de la méconnaissances de ces civilisations. Les guides, locaux ou internationaux, vous diront que Teotihuacan, l’ancienne capitale du Mexique, est le lieu où l’imagination doit être reine. Les architectes de la ville, située à une soixantaine de kilomètres de Mexico, ont entièrement été guidés par la Nature et l’esprit créateur. Par conséquent, le voyageur prendra grand plaisir à s’asseoir sur les bords des pyramides de Teotihuacan (prononcez « thé haut ti hua canne ») et d’imaginer la vie d’une des plus grandes villes du monde antique.
Les premiers habitants étaient très certainement des agriculteurs qui sont devenus maîtres dans l’art de tailler une pierre noire pour en faire une lame fine et tranchante puis de brillants commerçants.
L’âge d’or arrive au IIIe siècle ap JC, quand les habitants ont drainé les terres environnantes et organisé le commerce dans leur cité. A ce jour, 2000 ateliers de tisserands, de sculpteurs, de potiers et peintres ont été officiellement identifiés dans des fouilles et laissent entrevoir une production artisanale de masse. Fiers de ce succès, les Mexicos ont construit un site sacré pouvant accueillir 40 000 fidèles pour honorer les dieux du soleil, de la lune, de la pluie et Quetzalcoatl, le serpent à plumes.
Personne ne sait vraiment pourquoi cette cité va péricliter, au VIIe siècle de notre ère. Plusieurs hypothèses s’opposent de la sécheresse persistante, à l’invasion de barbares jaloux de la richesse de cette ville, en passant par une révolution des classes moyennes. Une seule certitude, pour une fois, les conquistadors ne sont pas responsables.
Des centaines d’années plus tard, le site a été redécouvert est devenu un lieu de pèlerinage. Les pyramides ont parues si extraordinaires aux Aztèques qu’ils ont baptisé la ville comme « cité des dieux ».
Visiter ces pyramides est incontournable lors d’un voyage au Mexique. Teotihuacan est facilement accessible depuis la gare routière de Mexico. Si votre budget vous le permet, vous pourrez même venir en taxi. Une fois sur place, prenez de préférence la porte 2, afin d'arriver directement sur les pyramides du soleil et de la lune sans avoir à piétiner. Pour autant, n'hésitez pas à sillonner le boulevard de la mort, qui, comme son nom ne l'indique pas, amène le visiteur dans un état de franche quiétude. Les marchands cherchent évidemment à profiter de la manne financière que représentent les millions de visiteurs mais jamais vous ne serez harceler dans ce lieu saint.
Bien sûr, escalader les pyramides est incontournable ici. Prenez votre souffle et lancez vous ! Une fois arrivé au sommet, devant la beauté des lieux et le bonheur de respirer pleinement, vous aurez peut-être la sensation, pendant une seconde ou deux, d'être enfin Dieu. Rien de présompteux, telle était, en substance, la promesse faite aux sacrifiés. Seulement, eux, descendaient en deux morceaux, la tête la première et, le reste du corps ensuite. Le rebelle tentait parfois une folle évasion et constatait, trop tard, que les marches étaient bien pensées pour éviter les fuites. L'inévitable chute provoque alors une tâche de sang sans avoir calmé les dieux colériques.
Le tâtonnement de vos descentes vous ramenera rapidement à la réalité du monde. N'est pas Dieu qui veut ! N'oubliez pas de tenir la ligne de vie pour ne pas finir en morceaux sur un boulevard qui, de fait, porterait bien son nom. SC
PS : pour les photos, encore un peu de patience. Idem pour mon sentiment sur Mexico city.
Retard repéré
Bon, zut ! Je viens de me faire gronder par une très bonne amie pour mon retard, impardonnable, concernant mon article sur le Mexique. J'assume mais je trouve que les deux points en moins sont excessifs. J'ai une côte fêlée, avec un certificat médical et, si besoin, un mot de mes parents !
La vérité est qu'il ne faut jamais reporter l'écriture au lendemain ! Et je vais tâcher d'écrire quelques lignes dès maintenant. Si, vous aussi, vous êtes impatients, je vous conseille le très beau monologue de l'ami Sébastien, un ingénieur lettré, pratiquant quotidiennement les jeux de mots : http://losdoudos.blogzoom.fr/
Mon article se voulait journalistique (avec une pointe de sérieux, sérieux, oui) et centré sur les pyramides et oui, il arrive !

