31 mai 2007
Immoralité cathodique
Le 30 mai, au soir, la télé-réalité aura franchi une nouvelle étape dans l'escalade vers l'horreur et la "déshumanisation". C'est la chaîne néerlandaise publique BNN qui régale les accros du gore et de la lobotomisation avec "le grand show du donneur". Dans ce spectacle décadent, Lisa, 37 ans, atteinte d'une maladie incurable, devra choisir parmi trois personnes, en attente d'une greffe, celle qui bénéficiera d'un de ses reins.
En soi, ce choix est déjà immonde mais il l'est encore plus quand l'on sait que les spectateurs pourront voter par sms pour un de ces trois hommes âgés de 18 à 40 ans. Il est légitime de se demander sur quels critères voteront les téléspectateurs et la malade. Laurens Drillich, président de BNN, reconnait que le ton et le thème de l'émission sont déplorables mais affirme vouloir informer sur le don d'organe.
La presse internationale est unanime pour condamner cette dérive produite par Endemol (encore et toujours). Des hommes politiques se sont révoltés contre un tel programme. Bien que louable, cette révolte fut vaine. Les images sont passées et une fois le scandale dépassé, Endemol cherchera à gravir une autre marche de l'immoralité cathodique.
Alors, à quand la mise à mort en direct, décidée par un parterre de votants illettrés. Patience, la tyrannie de l'image progresse. Bientôt, Total Recall ne sera plus classé parmi les films de science-fiction...
25 septembre 2005
Musset analyste de l'amour
Camille et Perdican qui viennent de terminer leurs études rentrent au château familial où le baron compte bien les marier. L'un et l'autre ont beau être cousin et cousine et s'aimer tendrement depuis leur enfance, le mariage ne va pas de soi. Camille s'interroge sur la passion des hommes et Perdican veut jouir de la vie comme un enfant qu'il n'est plus tout à fait. Chacun badine avec l'amour. Outre les traquasseries amusantes des précepteurs, maître Blazius et dame Pluche, le duel amoureux fera une victime : Rosette, la sœur de lait de Camille. La naïve paysanne a eu la faiblesse de croire les belles paroles de Perdican qui ne cherchait qu'à rendre jalouse son aimante. La pièce ne se conclue malheureusement pas sur un mariage happyendal mais bien sur la séparation de Camille et Perdican après cette mort tragique.
Dans cette pièce, Musset privilégie l'émotion, s'attache à décrire la variété et la complexité des sentiments qui accompagnent la passion amoureuse. Dandy en son temps, l'auteur n'est certainement pas un moraliste. Il entend simplement montrer que l'amour est un sentiment pur qu'il ne faudrait pas travailler avec des artifices humains. L'Homme pourtant ne peut s'empêcher de rendre complexe ce qui devrait être simple et une relation sincère peut alors se transformer en drame. Romantique certes, mais pas noire cette vision de l'amour. Après tout, il faut le reconnaître l'amour est en soit une relation qui s'établit sur la souffrance. Que celui qui n'a jamais souffert d'une relation amoureuse, aussi symbiotique soit-elle, me lance un commentaire.
Revenons à Musset, l'homme connaît bien les tumultes de l'amour. Il les a testé non pas dans les recoins des salons parisiens mais avec George Sand, son aînée de sept ans. Curieusement, il rédige cette pièce alors qu'il vient juste de rencontrer son idole et que les papillons brillent encore dans ces mirettes de jeune homme dévasté par l'amour. Peut-être qu'inconsciemment, il était lucide sur la tournure que prendrait leur relation. Sand lui a brisé le coeur en aimant un autre homme (le docteur Pagello), comme Perdican avait cassé la jeune destinée de Rosette. Bis repetitas ?
S.C
N. B : Merci au théâtre de la Fontaine d'Ouche pour sa touchante interprétation de On ne badine pas avec l'amour, le samedi 24 septembre, à Velars-sur-Ouche. Le lieu et la salle publique démontrent que le théâtre peut -et doit ?- être populaire, au sens noble du terme.
28 août 2005
Un musée populaire s'éteint
Le 5 septembre prochain, le musée des Arts et Traditions populaires (A.T.P.), situé Porte Maillot à Paris, femera définitivement ses portes. Créé en 1937, sur une idée de l'ethnologue Georges Rivière, ce musée était une illustration de l'étude scientifique des mondes ruraux français.
Plus qu'un rassemblement d'objets folklorique, le Centre d'Ethnologie Française s'est consacré à la vie quotidienne des Français, depuis l'an Mil jusqu'à nos jours. Ainsi, le musée rassemble du mobilier domestique, de l'outillage agricole, artisanal ou industriel, des costumes, des objets de piété ou encore des tableaux montrant la diverté et la richesse d'une culture régionale et populaire. Cette dernière est également présentée par des enregistrements audiovisuels de contes, de chants et de musiques.
Pour autant, il faut le reconnaitre, le bâtiment qui accueille cette extraordinaire collection a bien vieilli. L'éclairage, les enregistrements et les vitres du musée auraient besoin d'un bon coup de chiffon. Mieux, il faudrait repenser ce dédale de présentations où le visiteur se perd rapidement.
Toutefois, si une réhabilitation (et/ou une rénovation) est nécessaire à ce musée, il est impensable que de telles collections d'objets ancestraux se retrouvent enfermés dans des cartons sans éveiller les consciences. Le musée des ATP est le musée de la diversité (des régions, des origines, des langues, des catégories sociales, des religions etc.) et de l'unité de l'Homme, autour d'idéaux communs et dans le cadre d'une culture nationale placée dans ses perspectives européennes.
Conserver un lieu qui évoque la diversité des cultures françaises garderait évidemment du sens mais le ministère de la culture ne semble pas sensible à de tels arguments. Il met en avant le désintérêt du public pour ce musée et le fait que Marseille accueillera un nouveau musée qui pourra englober quelques fonds des ATP. Seulement le musée en question n'ouvrira ses portes qu'en 2010, en attendant les collections dormiront dans le cartons, bien loin des yeux des visiteurs, quel que soit leur nombre. Pis, le musée de Marseille n'aura pas la même thématique ethnologique puisqu'il sera consacré aux Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée. Thématique englobante au possible qui ne pourra pas accueillir les ATP de vingt-cinq pays au risque d'être gigantesque et de lasser d'emblée le public. Il est donc fort à parier qu'une large part des collections du musée des ATP finisse par être oublié quelque part dans les caves du ministère de la Culture.
André Malraux, qui le premier fut ministre de la Culture sous De Gaulle, regretterait sans doute cette fermeture mais ne l'accepterait certainement pas sans se battre. Pour lui, "la culture ne s'hérite pas, elle se conquiert". Prouvons donc à M. Renaud Donnedieu de Vabres que cette fermeture du musée des ATP nous désole en écrivant au ministère de la Culture (http://www.culture.gouv.fr/culture/min/index-min.htm). Peut-être, sera-t'il attentif à la sagesse populaire.
Sébastien Chabaud

