03 janvier 2008
Once (again)
Sans musique, point de cinéma. Telle est la philosophie du Festival musique et cinéma d'Auxerre, dans l'Yonne. Il est vrai que sans bande originale, la Guerre des étoiles, les dents de la mer ou encore Out of africa ne seraient pas les mêmes succès. Reste que flatter l'oreille ne suffit pas à combler la rétine. Ainsi, mettre du Bach sur vos films de vacances ne suffit pas pour créer un chef-d'oeuvre. Cette réflexion est la première qui nous vient à l'esprit lors des premières minutes de Once, le film de John Carney.
Pourtant, la partition du film ne sera pas un long soupir. Le spectateur se prend au jeu de cette idylle téléphonée mais si belle entre le guitariste de rue (Glen Hansard) et la pianiste de la pause déjeûner (Markéta Irglovà).
La foi des deux musiciens pour la musique est si profonde qu'elle nous touche, au point de nous identifier aux héros. Au sortir de cette ballade, chacun aura envie de fredonner, de pianoter ou de gratouiller sur une guitare...sans forcément atteindre les sphéres de la création. Once a le grand mérite de montrer que, sans travail, le bohême des rues ne deviendra pas forcément un génie. S.C.
30 juillet 2007
L'auguste Serrault s'est éteint
La nouvelle est tombée dimanche 29 juillet au soir, comme une bombe dont les cinéphiles souffriront longtemps : Michel Serrault est mort, victime d'un cancer, à l'âge de 79 ans.
Né le 25 juillet 1928 à Brunoy, dans l'Essonne, élevé dans une famille modeste, Serrault pense d'abord à devenir prêtre et il rentre au séminaire. Seulement, une autre passion pour le cirque le menera à quitter les bancs de l'église pour rejoindre ceux d'une école de mime. Bien qu'il ait raté son entrée au Conservatoire, il signe un premier contrat d'acteur dès 1946. Il ne cessera de jouer pendant cinquante ans en participant à plus de 150 films.
En 1955, son interprétation d'un surveillant dans les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot lui apporte ses premiers succès. Le grand public le remarquera quelques années après dans un film qui revient fréquemment dans la grille des programmes du PAF : le Viager de Pierre Tchernia (1971), dans lequel Serrault entre dans la peau d'un veillard pimpant qui résiste à la mort, au grand dam des héritiers du fameux contrat.
Bien sûr, son rôle de Zaza, dans La Cage aux folles, de et avec son ami Jean Poiret, le revelera à la scène puis à l'écran, dès 1973. Il reçoit le César de l'interprétation masculine pour cette inoubliable interprétation d'un travesti assumé.
Un autre prix recompensera sa prestation dans Nelly et Monsieur Arnaud, de Claude Sautet, en 1995. De rentier ayant raté sa vie, l'acteur peut passer à n'importe quel rôle ; comme celui d'un tueur à gages dans Assasins de Mathieu Kassovitz, en 1997. "Devenir héros ou salaud, c'est parfois juste une affaire de courant d'air. Je suis une espèce de terrain vague d'où jaillit je ne sais quel mystère. Dans les pires personnages, je cherche à montrer ce moment de détresse absolue qui efface l'horreur, et où, l'espace d'une seconde, peut naître la grâce qui change tout." La grâce en chaque homme, bon ou salop. Cette foi en l'homme résume à elle seule la philosophie de cet artiste. Un des plus grands.
17 janvier 2007
Truands : pitié rendez-nous Audiard
Le film se voulait un portrait du grand banditisme, il ne sera pas moins mais surtout pas plus. Trafic de stupéfiants, faux billets, grosses voitures, rackets, braquages, voyous sans foi ni loi et surtout du sang, beaucoup de sang. Frédéric Schoendorffer, le réalisateur, n'aura réussi qu'a mettre en image cette lamentable accumulation et encore, sans relief. Il montre de trop près la violence quand un maestro n'aurait fait que suggérer.
L'histoire tient en une phrase : Corti un parrain cruel (normal) se fait doublé par son fils spirituel, Frank, un jeune trentenaire qui ne connait que la foi en l'argent (normal aussi). Rien d'exceptionnel côté scénario et pourtant un Scorsese ou un Audiard en aurait fait du caviar pour amateurs de polars.
Benoît Magimel (Frank) fait de son mieux pour sauver la pellicule. Le pauvre (il roule en Mustang mais cela ne suffit pas) n'est pas aidé avec des dialogues au goût de carton. " Cela m'agace quand les journalistes font leur papier en l'émaillant d'argot croyant m'imiter". Croyez-nous, monsieur Audiard, c'est encore pire quand un dialoguiste essaye de vous imiter.
Truands ne mérite pas un poignée d'euros. Gardez-les pour louer un bon DVD. La Cave se rebiffe, par exemple.
SC
26 septembre 2006
Tempête dans l'Eire
Tout commence par une partie de hurling, une sorte de hockey sur gazon, dans un écrin de verdure que le spectateur n'a pas de mal à identifier comme les terres ancestrales de l'Irlande (Eire, en anglais). Une fois la partie terminée, les joueurs remettent leurs bretelles et leur veste de tweed pour rejoindre leurs fermes et leurs femmes. Un dimanche après-midi de 1920, le thé doit être prêt.
Ce calme précède la tempête. Les Black and Tans, des mercenaires à la solde des Anglais, surgissent de nulle part et hurlent aux jeunes Irlandais de s'aligner, s'ils ne veulent pas mourir. Un officier anglais rappele que les rassemblements sont interdits et ordonnent aux joueurs de hurling de se déshabiller. Menacés par les armes anglaises, ces derniers ne cherchent pas à résister. Brutalement et sans sommation, l'un d'eux est tué simplement parce qu'il s'appele "Micheail". Des soldats irréfléchis (pléonasme ?) pensaient qu'il parlait gaëlique, le dialecte irlandais, alors qu'il ne faisait qu'énoncer son prénom.
Face à l'absurdité de ce crime d'un enfant de dix-sept ans, les Irlandais décident de s'unir et de combattre fraternellement contre l'oppresseur anglais. Damien (Cillian Murphy), le héros de l'histoire, abandonne un poste prestigieux de médecin dans un hôpital londonien pour rejoindre la lutte. Pour son frère Teddy (Padraic Delaney), mais pas seulement. Ce combat, Damien le mène pour la justice et pour la paix. Loin d'être un pleûtre, il se dénonce à la place de son aîné pour lui éviter la torture anglaise. En bon chef, Teddy refuse son sacrifice et subit un arrachage sanguinolant de ses ongles. Pansé par son frère, il arrivera à s'échapper avec sa bande d'amis révolutionnaires, non sans l'aide d'un gardien ayant quelques gouttes de sang vert.
De retour dans la lande, Damien est confronté à un dilemne insoutenable : tuer le traitre qui a dénoncé son frère ou pardonner à un ami d'enfance. Il hésite et tire, deux fois, au nom de l'idéal qui guide son combat. Les idées plus fortes que la vie. Damien dit clairement que, désormais, il ne ressent plus rien, seule compte sa patrie.
L'apogée de l'horreur arrivera à la fin du film, quand la guerre d'indépendance à cèder sa place à la guerre civile où se déchirent les Irlandais. le brillo de Ken Loach, le réalisateur, est d'avoir su mêler l'histoire nationale à l'histoire des deux frères. Teddy rentre dans le camp de l'ordre au nom de la paix avec les Anglais, Damien lui ne change pas son fusil d'épaule et bataille pour l'indépendance totale de son pays. Au final, l'aîné arrête le cadet alors qu'il vole des armes d'une garnison. Ni l'un, ni l'autre n'entend la voix de la raison. L'ennui est que le jeu n'est plus enfantin et qu'une telle obstination va conduire au fratricide de Damien. Horreur de cette scène finale qui arrache les larmes au plus robuste d'entre-nous.
Splendide tragédie qui méritait bien une palme d'or à Cannes, ce film de Ken Loach rappele combien le manichéisme est une erreur quand on évoque la guerre. L'oppressé peut facilement devenir oppresseur, le résistant un terroriste ; et vice versa. Reste que la guerre est amère parce qu'elle mène sempiternellement à la haine, ferment de nouvelles guerres. Le pur amour, comme celui de Damien, est peut-être une clef pour briser le cercle de cette fatalité. Peut-être.
01 décembre 2005
Abracadabrantesque Harry
Salle comble et public d'adolescents braillards, rien de mieux pour assassiner un film... Et pourtant, un fois l'obscurité apparut, le public s'est tu. Avant même que commence sa pièce, Harry Potter fait des prouesses. Sur l'écran, le quatrième acte des aventures de l'académie de Poudlard et son héros n'a rien à envier aux précédents.
S
ans avoir rien demandé, Harry le magicien se retrouve mêlé au tournoi des « trois sorciers » dont il sera la quatrième roue du carrosse. L'enjeu est de taille : battre les deux écoles concurrentes et gagner la coupe de feu. Seulement, le démoniaque Voldemort pipe les dés du jeu pour se retrouver face à face avec son ennemi Harry. Ce dernier en plus de devoir sans cesse choisir entre le Bien et le Mal devra affronter les tracasseries de l'adolescence. Mission moins possible. Heureusement, l'apprenti sorcier restera guidé par ses amis d'enfance : Hermione Granger (Emma Watson) et Ron Weasley (Rupert Grint).
Au final, Georges Lucas peut ranger ses sabres lasers suranés, les duels de baguettes, menés de main de maître par le réalisateur Mike Newell, renouvelent l'utilisation des effets spéciaux. Entre féérie et luminosité, le jeu des acteurs trouve toute sa place. Daniel Radcliffe est de plus en plus habité par Potter pour la grande joie des spectateurs. Résultat : un épisode époustoufflant suivit silencieusement par un public sage, qui finit même par applaudir ! Chapeau bas !
S.C
20 novembre 2005
Joyeux Noël, une guerre en chocolat
Noël, c'est bien connu, est par excellence la période des sucreries chocolatées. Gâvé de ses bons souvenirs d'enfance, le réalisateur Christian Carion nous livre une guerre de 14 où les balles semblent être en chocolat, tout comme le sang qui coule inopinément de quelques cadavres.
Joyeux Noël conte donc l'histoire ignorée de cette belle trêve que les troupes allemandes, écossaises et françaises conclurent au moment de la nuit sacrée. Sacrée nuit que celle-ci que les historiens ont quasi omis de mentionner au grand public. Même estampillée de l'insupportable cachet "histoire vraie", l'anecdote historique reste admirable. Elle prouve que même en temps de guerre les hommes, ou plutôt quelques hommes, sont capables d'humanité.
Avant même de voir le film, le spectateur est donc convaincu. Pourtant, à force de réduire la guerre à cette épisode exceptionnel, le réalisateur n'a réussit qu'à tomber dans la mièvrerie propre à Disney. Le brillo de Canet, de Brühl ou de Kruger n'y change rien. Ne parlons pas de la performance de Danny Boon qui fait penser à la mère Michel qui, comme chacun le sait, a perdu son chat.
Autant dire que le film perd toute vertue pédagogique. Un officier français prononce bien le nom de "Verdun" mais le nombre des morts de cette bataille ne sera jamais évoqué, même dans la générique final. Pour mémoire, plus de 500 000 personnes sont tombées lors cette bataille et cette guerre, dont on oublie trop facilement l'horreur, a fait plus de 10 millions de victimes.
02 novembre 2005
Ralph, le miracle de la rentrée
Méfiez-vous du cinéma. Au moment où vous pensez que le sport ne mérite pas votre attention, ne rentrez surtout pas voir le destin cinématographique de Ralph. Cette bobine porte le nom du héros de l'histoire (Adam Butcher) : un jeune canadien quasi-orphelin qui découvre la vie. Le jour où il apprend le coma prolongé de sa mère, il décide de se battre, sans arme, aucune. Son défi est simplement physique. A la recherche d'un miracle, il décide de courir le marathon de Boston alors qu'il est loin d'être un vaillant athlète. Les anticléricaux vont s'arracher les cheveux mais c'est bien sa foi et ses prières qui l'aident à progresser, à lever les bras, courir en avant comme en arrière et flotter sur les pentes des collines. N'allez pas croire pour autant que le garçon est un exemplum tout droit sorti du vieux missel de votre grand-mère. Il rit, pleure, tombe et se relève ; ce qui mine de rien lui donne un côté humain, à la Billy Elliot. Mieux, Ralph est maladroit et obsédé par les filles comme une majorité d'adolescents de son âge. Peu ou prou, il est difficile de ne pas s'attacher à ce jeune sportif en devenir. L'envie de courir titille les mollets pendant et après cette séance féérique signée Michael McGowan. Vraiment, méfiez-vous du cinéma !
Sébastien Chabaud
PS : Autant répondre de suite aux anticléricaux. Ralph n'est pas un film de propagande catholique. Les plus observateurs d'entre-vous remarqueront sans doute qu'une critique contre la hiérarchie de l'Eglise est clairement exprimée dans le film. Par ailleurs, la religion des adultes prête plutôt à rire et au final c'est la foi en l'Homme qui touche, rien d'autre.
PS' : Pour voir la bande annonce du film, cliquez ici.

