06 juin 2008
Faux-cul !
Le 6 juin, en visite au collège de Saumur, M. Sarkozy a déclaré : «Enseignants, je vous aime, vous êtes les meilleurs.» à un parterre de professeurs venus pour le rencontrer.
Pourtant, dans la même rencontre, il a déclaré que les enseignants étaient mal-formés et que le mode de recrutement des enseignants était à revoir. Par ailleurs, il a confirmé que le budget de l'Education nationale serait revu à la baisse. 20 000 postes devraient disparaitre à la rentrée 2008...
Alors franchement, ces preuves d'amour ne sont pas probantes et je préfére qu'il nous déteste en donnant une chance à ce pays en lui donnant de vrais moyens pour se former et s'éduquer.
Si la réforme est nécessaire, elle doit se faire dans la concertation avec les équipes pédagogiques. Les élèves doivent être moins nombreux par classe : voilà la priorité des priorités. La réforme des IUFM est déjà en marche et une bonne moitié des enseignants a déjà bac + 5 (ceci étant dit, les doctorants ne font pas forcément les bons pédagogues !).
Monsieur le président, vous souhaitez réformer l'Education, très bien. Seulement, arrêtez de faire des effets d'annonce et des déclarations abussives. Dialoguez avec les pros et des solutions devraient se dégagées, à condition de ne pas chercher les économies à tout-prix et d'éviter la langue de bois !
31 mai 2008
De nouveaux programmes caricaturaux
Je viens de regarder les programmes d'histoire géographie pour le bac pro en trois ans. Globalement, rien ne me choque réellement. Juste quelques remarques :
1. Les situations pour l'objet d'étude sur les lumières (2nd pro /4) ne permettent pas de le comprendre. Ils sont anecdotiques et presque hors-sujet en ce qui concerne la dernière :"les protestants et les Juifs en France à la fin du XVIIe". Il faudra aborder les acquis réels des Lumières et le développement des droits de l'Homme dans le monde (d'ailleurs, dans les textes, l'homme doit prendre une majuscule).
2.Pour l'objet 5 en 1e pro "la République et le fait religieux depuis 1880". Il faudrait traiter des exceptions à la laïcité (l'Alsace et la Guyane, par exemple) et le débat sur le financement actuel des mosquées.
3. Pour l'objet 3 de la même année "de l'Etat français à la IVe". Il semble abérrant de ne pas étudier De Gaulle qui est le symbole de la résistance hors de la France, le chef du GPRF et le grand opposant à la IVe dans son fameux discours de Bayeux. De Gaulle est une figure classique certes mais incontournable.
4.Pour l'objet 2 de la T pro, "Gandhi" est un exemple possible mais pas le seul. D'autres figures existent, sur le continent américain par exemple. Pourquoi ne pas travailler sur Che Guevara, par exemple. Réaffirmer la liberté pédagogique me parait essentiel. Se limiter un exemple, le même pour tous, est absolument réducteur et arbitraire.
5. L'objet 4 de cette même année, "le monde depuis le tournant des années 1990", est très (trop) vaste et pourtant le nombre de situation est limité à deux ! Par ailleurs, ces situations sont complaisantes avec les Etats-Unis d'Amérique. La chute du mur du Berlin est vue comme la fin des "méchants" communistes et les attentats de 2001 comme le sacrifice des "pauvres" américains-sauveurs-du-monde. Pourquoi ne pas travailler sur d'autres événements signifiants comme le mouvement des JMJ, le passage à l'euro, les succès d'Ariane, les heurts en Afrique et/ou les missions des casques bleus ?
En géographie, il faut à nouveau souligner la restriction des choix pédagogiques offerts aux enseignants. Pourquoi traiter la mégalopole japonaise et pas une autre ? Pourquoi la Chine littorale ou la Californie ? Il me semble que "les pôles et aires de puissance" ne sont pas limités à trois ! A force de simplifier cette matière à des anecdotes et des exemples caricaturaux normés, les profs se transforment en répétiteurs chargés de dompter des ouailles sauvages...
Pour finir, il y aurait beaucoup à dire que sur les objets de l'histoire de l'art, qui sont géniaux dans le registre de la caricature et la grande comédie de ces nouveaux programmes. L'opéra = la flûte enfantée : répétez les enfants! Plus fort, je n'entends pas ! Le conte philosophique = Candide bien sûr !
Et Faust ? L'Orfeo ?Alceste ? Guillaume Tell ? Micromégas? L'alchimiste ? Et pourquoi pas Justine ? (osé). Si ce programme passe, je crois que je me ferais un devoir de ne pas traiter les situations proposées...
S.C.
22 avril 2008
Prof : un métier d'avenir ?
Selon l’Institut CSA, quelque 93 % des enseignants - davantage dans le secondaire que dans le primaire - jugent leur profession dévalorisée. Lorsqu’on leur demande s’ils souhaiteraient changer de métier au sein de la fonction publique, près de la moitié (44 %) répond oui, dès maintenant. (Sondage réalisé auprès d’un échantillon national représentatif de 503 enseignants par téléphone du 25 au 29 mars).
D'après Libération du 22 avril 2008
Les plus belles perles de l'oral de géographie des CAP
Depuis cinq ans environ, le nouveau CAP est en place. Pour que l'écrit ne soit plus un obstacle pour les jeunes lycéens, l'épreuve d'histoire géographie est passée à l'oral. Pourtant, les résultats ne suivent pas nécessairement. Tout simplement parce que les difficultés de l'écrit se retrouvent à l'oral. D'autant plus quand l'oral n'est pas préparé. A vous de juger :
1. -Parlez moi de "china town" ...
-Facile, "China town" est un grand homme politique qui vit à New York.
2.-Combien de personnes sont mortes dans les attentats du 11 septembre 2001 ?
-Aucune !
3.-Pourquoi New York est la première ville juive du monde ?
-Les Juifs sont des sans-papiers et ils squattent central park
4.-Qu'est ce que le commerce triangulaire ?
-Une croisière pour atteindre une vie meilleure (sic)
5.-Pouvez-vous me citer d'autres lieux où l'on fête carnaval comme en Guyane ?
-Non, le carnaval de Guyane est incomparable, c'est le premier du monde (quoi, le Brésil est voisin de la Guyane ?).
Le professeur n'est pas responsable de telles réponses (enfin, j'espère!). Vos commentaires sont les bienvenus !
17 décembre 2007
Une marge d'amélioration du système scolaire
Le 5 décembre, l'enquête internationale PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) de 2006 montre que les compétences des élèves français de 15 ans se situent un peu en dessous de la moyenne des 30 pays de l'OCDE. L'horreur ! Pourtant, il ne faut tomber dans la thèse de "l'effondrement" du niveau, en français comme ailleurs. Un article du Monde daté du 15 décembre 2007 invite à positiver. Un peu d'optimisme, enfin !
"Une étude sur les compétences des élèves en orthographe grammaticale, publiée en 2007 par les linguistes Danièle Manesse et Danièle Cogis, a établi qu'en vingt ans s'était produit un glissement de deux années scolaires : une cinquième de 2006 était au niveau d'un CM2 de 1987. En revanche, l'idée répandue d'un développement récent de "l'illettrisme" est démentie par l'Insee : dans la population française la plus âgée, sortie du système scolaire dans les années 1950 et 1960, la proportion de personnes en difficulté avec l'écrit est nettement supérieure à celle constatée dans les générations suivantes (...)
Pour Nathalie Mons, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université Grenoble-II, "ce n'est pas en s'intéressant strictement aux élites que l'on remonte le niveau global mais en faisant en sorte qu'il n'y ait pas d'élèves qui décrochent". Le repérage précoce de la difficulté et son traitement immédiat dans le cadre scolaire, à la source du succès finlandais, sont ce que notre système ne sait pas faire. La plupart des élèves en difficulté à l'entrée au CP le sont toujours à la sortie du collège. Il y a donc une marge d'amélioration (...) "
08 juin 2007
Au zénith de la bêtise
Vendredi 8 juin, TF1 programme une nouvelle soirée de divertissement des meilleurs extraits de l'émission vidéogag. Rien de passionnant en perspective mais cette aculturation n'est pas exceptionnelle. Depuis "les enfants de la télé", elle serait même ordinaire. Pour autant, le plus inquiétant n'est pas ce qui sera diffusé sur cette chaîne mais le titre de l'émission : "Les 100 plus grands du meilleur du pire".
En plus d'être affligeant, ce titre ne veut rien dire en langue française. Par définition, "meilleur" employé comme superlatif désigne un objet ou un concept "qui possède le maximum de qualités requises pour répondre à certains critères d'appréciation; qui ne peut être surpassé en son genre". Dans ce cas, il est rédondant voire impropre de surajouter le comparatif "plus grand". Rien ne peut être plus grand que le plus grand.
Pis, le titre entremêle deux notions opposées : "le meilleur" et "le pire". Pour ce dernier mot, le dictionnaire rappele qu'il signifie "Le plus mauvais, la plus mauvaise" et qu'il est "antonyme" de meilleur. Un objet pourra être à la fois le meilleur et le pire, ce n'est pas réellement le problème. Seulement "le pire" est ce qu'il existe de plus bas, dans une catégorie donnée. Or, il n'existe qu'une place dans ce cas et pas cent.
Si chacune des parties du titre employé par TF1 n'est pas fausse en soi, le tout est un imbroglio linguistique qui fausse même le message principal. "Les cent meilleurs" eût été suffisant. L'escalade dans la recherche du titre spectaculaire conduit parfois au pire des titres. S.C.
03 juin 2007
Insuffisant sans être décourageant
NOM : Sarközy de Nagy-Bocsa dit SARKOZY
Prénoms : Nicolas, Paul, Stéphane.
Candidat n° : 18917
Année scolaire : 1972-1973
Diplôme : baccalauréat
Série : B (actuelle ES)
Lieu d'examen : lycée Molière (Paris XVIe)
Notes :7/20 en français
8/20 en mathématiques
9/20 en philosophie
>>>Rattrapage obligatoire.
Mention : aucune.
Suite de son parcours universitaire :
Après des études à l’université Paris X, il sort diplômé en droit public : il obtient une maîtrise de droit privé en 1978. Cette même année, il entre à l’Institut d'études politiques de Paris. Il n'obtiendra pas le diplôme de fin d’études à cause de notes éliminatoires en anglais. Il soutient en 1981 un mémoire de DEA sur le référendum du 27 avril 1969.
En 1981, il passe le certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA).
18 mai 2007
Délation numérique
Alors que le nouveau ministre de l'Education arrive dans ses bureaux, rappelons une des erreurs commises par le dernier gouvernement dont les répercussions risquent d'être terrifiantes pour les libertés individuelles.
Dès la rentrée 2007, la loi "prévention de la délinquance", autrement appelée Sarkozy II, obligera les directeurs d'école à remplir un fichier baptisé "base-élèves" qui sera accessible aux autorités locales, dont les maires. Tous les élèves seront fichés dans un fichier informatique unique, centralisé au niveau national, à Orléans. Pour chaque élève, les directeurs d’école « doivent indiquer » notamment les redoublements, les aides diverses (RASED..), la nationalité, la date d’arrivée en France, la langue et culture d’origine...
Premier scandale : des informations confidentielles seront accessibles aux élus. Ainsi, un élève qui échoue ou qui dévie une fois risque d'être catalogué sans pouvoir nécessairement rectifier les données consignées dans ce dossier. S'ils veulent vérifier l'exactitude de ces dernières, les parents devront faire une demande officielle à la CNIL et éventuellement engager des poursuites.
Deuxième scandale (plus grave) : les instituteurs qui dirigent les écoles deviennent de facto des agents de dénonciation auprès des services de l'immigration. Ainsi, le champ "nationalité" doit obligatoirement être rempli. Ensuite, il sera aisé pour n'importe quel élu de faire des listes d'enfants d'origine étrangère et de demander des arrestations en conséquence.
Quelques parents d'élèves mènent actuellement la fronde, en organisant des manifestations dans quelques grandes villes de France. La FCPE et Sud éducation essayent de mobiliser mais l'heure semble plus aux courbettes qu'à la révolte. La France a connu de tristes heures de délations nauséabondes, espérons qu'elle ne reproduise pas les mêmes erreurs...SC
27 novembre 2006
Les codes barres de la honte
Après la note de comportement, les détecteurs de métaux et autres caméras, voici venus les codes-barres pour repérer plus facilement l'absentéisme des élèves. Le système est déjà en place au lycée Camus de Nîmes.
Le système est exploité depuis 27 novembre et se présente sous la forme d’un boîtier couplé à un stylo. Lors de l’appel du matin, chaque professeur scanne le code barre des élèves présents. Quelques minutes plus tard, l’ordinateur central fournit une liste précise des élèves absents.
"Les parents sont aussitôt alertés par SMS de l’absence de leur enfant et doivent joindre l'établissement par téléphone", a expliqué lundi à l’AFP Jean-François Pons, le proviseur du lycée.
Interrogé par les caméramen de France 2, un élève souligne " c'est un peu nous prendre pour de la marchandise ". Quelle clairvoyance ! L'adolescent est le seul à souligner cette aberration technologique qui rabaisse l'élève au statut d'objet, tout ça pour quoi ? Lutter contre l'absentéisme...Les libertés individuelles sont sacrifiées sur l'autel de la lutte contre l'absentéisme et personne ne réagit !
Au secours ! REAGISSEZ ! Vous ne le sentez pas venir l'Etat totalitaire ? Est-il besoin de rappeler que les dernières personnes à avoir porté des chiffres (sur le corps) sont les déportés des camps de la mort ? Remarquez, l'avantage du tatouage est qu'il n'est pas possible de fausser l'information. Le contrôle de l'absentéisme serait alors sûr à cent pour cent. Les petits sauvageons qui osent sècher les cours de sport pour aller au café ne pourraient plus menacer la dignité nationale ! Peut-être devrais-je informer le proviseur de cette amélioration possible ?
Jaune !
Mardi 28 novembre, j'ai décidé de rattraper un cours que j'ai manqué la semaine dernière parce qu'exceptionnellement j'étais en formation. Je parlais de mon cours à venir avec une de mes jeunes collègues quand une prof d'histoire-géographie s'est tournée vers moi, m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit ouvertement : "mais, tu n'es qu'un jaune !". Interloqué, je lui ai demandé de répéter. Sans gêne, elle a simplement prononcé le mot-sentence : "jaune !".
Pour les néophytes, je précise que les "Jaunes" étaient les ouvriers non-grévistes ou les briseurs de grève lors des grands mouvements sociaux de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Opposé à la théorie du "conflit de classes", le jaune est réputé conciliant avec le patronat. Il est intéressant de noter que pour les dirigeants de l'ex-URSS, le "jaune" qualifie l'ouvrier qui ne veut pas se soumettre au régime et...faire la grève. Ainsi, Trotsky écrit : « La meilleure place, pour un gréviste, ce moustique jaune et nuisible, c'est le camp de concentration. ».
Moustique prisonnier dans l'ambre (jaune),
en référence à la citation de Trotsky.
Pour revenir à mon affaire, il est évident que l'arrogeante cégétiste n'employait pas le terme "jaune" à bon escient. Par ailleurs, cet adage, tout stalinien, qui veut que tout opposant est un "social traitre" ne correspond pas à l'idée que je me fais du débat, de la démocratie ou encore de la pédagogie. Il est bien trop facile de dire : "j'ai raison, parce que j'ai raison".
Le plus terrible est que je suis certainement d'accord avec cette dame pour dire qu'il ne faut pas faire d'heures supplémentaire pour encourager l'Etat à engager de nouveaux profs. Pour autant, et dans mon cas précis, il s'agit d'un rattrapage exceptionnel. J'ai d'abord pensé aux élèves, avec l'idée de les aider à comprendre un texte complexe et à préparer efficacement un travail d'écriture. Si cela est être jaune, rouge, bleu ou vert, je l'assume. Pour moi, c'est prof que je suis, tout simplement.
Sébastien Chabaud
PS : je vous encourage à réagir ! Je suis ouvert au débat : à vous de jouer.

